DMLA avancée : PRIMA restaure la lecture
Relu et validé par Nina Arakelyan Labouré — Hématologue, Oncologue
Crédit Image : Gemini
DMLA avancée : PRIMA restaure la lecture
Plus de 80 % des patients atteints d’atrophie géographique, une forme avancée de dégénérescence maculaire liée à l’âge jusqu’ici irréversible, ont retrouvé la capacité de lire des lettres, des mots et de remplir des grilles de mots croisés grâce à l’implant sous-rétinien sans fil PRIMA. Testée dans le cadre de l’essai clinique européen multicentrique PRIMAvera (dont les résultats de référence à 12 mois ont été publiés par le New England Journal of Medicine le 20 octobre 2025, puis consolidés par des données de suivi à 36 mois présentées le 5 octobre 2026), cette prothèse visuelle développée par la société californienne Science Corporation associe une puce photovoltaïque de deux millimètres à des lunettes équipées d’une caméra et d’un projecteur infrarouge.
Cette avancée clinique marque un tournant majeur en ophtalmologie et en ingénierie neurale. L’atrophie géographique touche plus de cinq millions de personnes à travers le monde et détruit progressivement la vision centrale nécessaire à la lecture, à la reconnaissance des visages et à l’autonomie quotidienne. Jusqu’à présent, les approches pharmacologiques disponibles permettaient uniquement de ralentir la progression de la dégénérescence cellulaire, sans jamais restituer l’acuité perdue. En contournant les photorécepteurs détruits pour stimuler directement les circuits rétiniens résiduels, le dispositif PRIMA, qui a obtenu le marquage CE en Europe en juillet 2026 et fait l’objet d’une procédure d’homologation auprès de la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis, réalise la première restauration fonctionnelle d’une vision centrale des formes chez l’être humain.
Une impasse thérapeutique face à la destruction des photorécepteurs
La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) constitue la première cause de malvoyance sévère chez les adultes de plus de 60 ans dans les pays industrialisés. Dans sa forme dite sèche ou atrophique, la maladie évolue vers un stade avancé appelé atrophie géographique. Ce processus pathologique se caractérise par la mort progressive des cellules de l’épithélium pigmentaire rétinien et des photorécepteurs (les cônes et les bâtonnets) situés au cœur de la macula, la zone centrale de la rétine responsable de la vision fine et de la perception des détails.
Pour les patients affectés, la dégradation se traduit par l’apparition d’un scotome central, une tache sombre ou aveugle qui obstrue le centre du champ visuel tout en épargnant la périphérie. Si les personnes atteintes conservent généralement la faculté de se déplacer dans un environnement familier grâce à leur vision latérale intacte, elles perdent la capacité de fixer un objet, de déchiffrer un texte imprimé, d’utiliser un téléphone portable ou de distinguer les traits d’un interlocuteur.
Sur le plan pharmacologique, l’arrivée récente d’inhibiteurs du complément (tels que le pegcetacoplan ou l’avacincaptad pegol) a offert une première option pour freiner l’expansion des lésions atrophiques. Cependant, aucune molécule ne peut régénérer des photorécepteurs morts. Or, l’architecture biologique de la rétine présente une particularité déterminante que les neuroscientifiques cherchent à exploiter depuis plus de deux décennies : malgré la disparition de la couche superficielle de photorécepteurs qui convertissent la lumière en signaux bioélectriques, les couches neuronales internes de la rétine (notamment les cellules bipolaires et les cellules ganglionnaires qui forment le nerf optique) survivent en grande partie et restent capables de transmettre une information visuelle au cortex cérébral.
L’ingénierie optoélectronique du système PRIMA
C’est précisément sur la préservation de ce câblage neuronal interne que repose le mécanisme du système PRIMA. Conçue à l’origine par le professeur Daniel Palanker à l’université Stanford, puis développée en clinique par la société française Pixium Vision (issue de l’Institut de la Vision et de Sorbonne Université à Paris) avant son rachat par l’entreprise californienne d’interfaces cerveau-machine Science Corporation (dirigée par Max Hodak), cette prothèse bionique agit comme un substitut électronique des photorécepteurs.
Le dispositif fonctionne selon une chaîne optoélectronique en trois étapes qui élimine tout recours à des câbles transcutanés ou à une batterie implantée dans l’œil :
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La capture et le traitement de l’image : le patient porte une paire de lunettes ergonomiques intégrant une caméra frontale miniature d’environ cinq mégapixels, qui enregistre la scène visuelle à une cadence de 30 images par seconde. Le flux vidéo est transmis à un processeur de poche portatif. Cet ordinateur embarqué traite les images en temps réel, ajuste le contraste et offre une fonction de zoom numérique permettant au porteur d’agrandir les caractères typographiques à la demande.
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La projection dans le proche infrarouge : le processeur convertit l’image optimisée en instructions envoyées vers un micro-projecteur intégré aux lunettes, orienté directement vers l’œil opéré. Ce projecteur émet un faisceau lumineux dans le spectre du proche infrarouge (invisible pour les photorécepteurs naturels restants afin de ne pas éblouir ni perturber la vision périphérique saine du patient) qui traverse la cornée et le cristallin pour atteindre le fond de l’œil.
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La conversion photovoltaïque sous-rétinienne : logée chirurgicalement sous la zone maculaire atrophiée, la puce PRIMA mesure deux millimètres sur deux millimètres pour une épaisseur de seulement 30 micromètres (soit environ la moitié de l’épaisseur d’un cheveu humain).
Sa surface comporte 378 pixels indépendants qui fonctionnent comme de minuscules panneaux solaires photovoltaïques. Lorsque la lumière infrarouge frappe ces pixels, ceux-ci génèrent instantanément des impulsions électriques locales qui excitent les cellules bipolaires adjacentes. Ces neurones relaient alors le signal à travers la cascade rétinienne habituelle jusqu’au nerf optique et aux aires visuelles du cerveau.
Contrairement aux implants épirétiniens de première génération qui stimulaient directement les fibres nerveuses de surface au risque de produire des perceptions diffuses, le positionnement sous-rétinien de PRIMA respecte la topographie naturelle de la rétine et tire parti du traitement physiologique du signal par les cellules bipolaires.
Les résultats de l’essai clinique pivot PRIMAvera
L’efficacité et la sécurité de cette technologie ont été évaluées dans un essai clinique pivot international (PRIMAvera), dont les résultats évalués par les pairs ont été publiés dans le New England Journal of Medicine sous la direction conjointe des professeurs Frank Holz (directeur du département d’ophtalmologie à l’université de Bonn, en Allemagne), José-Alain Sahel (directeur du département d’ophtalmologie à la faculté de médecine de l’université de Pittsburgh et fondateur de l’Institut de la Vision à Paris) et Yannick Le Mer (Fondation ophtalmologique Adolphe de Rothschild, Paris), aux côtés du chirurgien vitréo-rétinien Mahi Muqit (Moorfields Eye Hospital, Londres).
L’étude a recruté 38 patients âgés de plus de 60 ans, souffrant d’une atrophie géographique bilatérale sévère liée à la DMLA sèche, répartis dans 17 centres hospitaliers à travers cinq pays européens (France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas et Italie). Avant l’intervention, l’acuité visuelle des participants dans l’œil étudié était extrêmement dégradée, nombre d’entre eux étant incapables de distinguer la moindre lettre sur l’échelle standardisée ETDRS (Early Treatment Diabetic Retinopathy Study) utilisée en recherche clinique.
Après la pose chirurgicale de l’implant et une période de rééducation visuelle intensive visant à entraîner le cerveau à fusionner la vision prothétique centrale avec la vision naturelle périphérique, 32 participants ont pu être évalués de manière complète à l’issue du suivi initial de 12 mois. Les données recueillies témoignent d’un bénéfice fonctionnel net et statistiquement très significatif ( $p$ inférieur à 0,001) :
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Taux de réponse clinique
: plus de 80 % des patients évalués (26 sur 32 à un an) ont présenté une amélioration cliniquement significative de leur acuité visuelle prothétique, définie par un gain d’au moins 0,2 logMAR (soit l’équivalent d’au moins 10 lettres ou deux lignes complètes sur le tableau optométrique). -
Gain moyen et performances maximales : à 12 mois, l’amélioration moyenne s’établissait à 24,5 lettres (près de cinq lignes sur l’échelle ETDRS), le patient ayant le mieux répondu au dispositif affichant un gain exceptionnel de 59 lettres (près de douze lignes).
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Applications au quotidien : 84 % des sujets ont déclaré pouvoir de nouveau lire des lettres, des chiffres et des mots à leur domicile.
Comme le rapporte le MIT Technology Review, plusieurs participants ont repris des activités intellectuelles et pratiques abandonnées depuis des années, telles que la résolution de grilles de mots croisés, la lecture de courriers ou de pages de livres imprimés, et la consultation d’écrans de téléphones portables. -
Maintien à trois ans
: le 5 octobre 2026, Science Corporation a publié les résultats du suivi prolongé à 36 mois (également présentés lors du congrès de l’American Academy of Ophthalmology en octobre 2026). Sur les 18 patients évaluables pour l’efficacité à trois ans, 78 % (14 sur 18) conservaient un gain d’au moins 15 lettres (0,3 logMAR), tandis que le gain moyen progressait pour atteindre 29 lettres (près de six lignes), prouvant que la plasticité cérébrale et l’entraînement continuent d’affiner la perception au fil du temps.
Pour le professeur José-Alain Sahel, l’ampleur de l’effet est ce qui est remarquable. Il souligne dans les colonnes des revues spécialisées que c’est la première fois qu’un système permet à des patients ayant perdu leur vision centrale de lire à nouveau des mots et même des phrases, tout en préservant intégralement leur vision périphérique. De son côté, le docteur Mahi Muqit confirme qu’à trois ans post-implantation, les patients qui ont gagné en vision l’ont conservée, et l’ont même améliorée.
Limites du dispositif, sécurité chirurgicale et perspectives
Conformément à la rigueur qu’impose l’analyse de toute innovation biomédicale, ces résultats doivent être mis en perspective avec les contraintes techniques et médicales du système.
En premier lieu, la vision restaurée par PRIMA ne restitue pas une vue physiologique parfaite. L’image perçue au centre du champ visuel est monochrome (perçue sous forme de nuances lumineuses blanc-jaunâtre) et sa résolution reste limitée par la grille actuelle de 378 pixels. La lecture fluide requiert un apprentissage méthodique de plusieurs mois pour coordonner les mouvements de la tête (qui dirigent la caméra des lunettes), le maniement du zoom électronique et l’intégration cognitive des signaux.
En deuxième lieu, l’implantation nécessite une chirurgie vitréo-rétinienne délicate pour glisser la puce sous la macula sans léser les tissus environnants. Lors de l’essai clinique, des événements indésirables liés à la procédure opératoire ont été enregistrés, mais 95 % d’entre eux sont survenus au cours des deux premiers mois suivant l’opération et se sont résorbés rapidement. Le suivi à 36 mois sur 27 patients évaluables pour la tolérance démontre qu’aucun nouveau signal de sécurité lié au dispositif seul n’est apparu entre la première et la troisième année, et que la structure anatomique de la rétine périphérique ainsi que l’acuité résiduelle naturelle demeurent parfaitement stables. Une étude sur l’acceptabilité par les patients, publiée en mai 2026 dans la revue Translational Vision Science & Technology, rappelle néanmoins que l’appréhension de l’acte chirurgical (citée par 42 % des patients interrogés réticents) et le port permanent de lunettes électroniques restent des facteurs psychologiques et ergonomiques à accompagner.
L’homologation européenne (marquage CE) obtenue en juillet 2026 et l’enregistrement au Royaume-Uni ouvrent désormais la voie au déploiement commercial et aux négociations de remboursement par les systèmes de santé européens, tandis que l’examen réglementaire se poursuit auprès de la FDA aux États-Unis. Parallèlement, les équipes d’ingénierie de Science Corporation et de l’université Stanford travaillent déjà sur une seconde génération de puces photovoltaïques dotées de pixels plus denses et plus petits, capables de relever considérablement la définition spatiale et d’élargir le champ visuel. En octobre 2026, le lancement de nouveaux essais cliniques sur la maladie de Stargardt (une dystrophie maculaire héréditaire touchant des sujets jeunes) et sur la rétinite pigmentaire confirme que la prothèse sous-rétinienne s’impose désormais comme une plateforme thérapeutique pérenne contre la cécité dégénérative.
Sources vérifiées
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The New England Journal of Medicine / University of Pittsburgh School of Medicine (20 octobre 2025) : Retinal Implant Restores Central Vision in Patients with Age-Related Macular Degeneration (Étude de Frank G. Holz, Yannick Le Mer, Mahiul M.K. Muqit, José-Alain Sahel et al.)
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MIT Technology Review / Dossier de presse clinique Université de Pittsburgh (20 octobre 2025) : This retina implant lets people with vision loss do a crossword puzzle
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Science Corporation
(22 juillet 2026) : Science Corp. Announces European Commercial Launch of PRIMA (Obtention du marquage CE) -
Science Corporation
(5 octobre 2026) : Long-Term (36 Months) Results Of PRIMA BCI Clinical Trial Showing Durable Vision Restoration -
Translational Vision Science & Technology (ARVO Journals) (7 mai 2026) : Patient Preferences for the PRIMA Retinal Prosthesis for Vision Restoration